Construire en terre, la tendance d’avenir ?

Ayant récemment assisté à une conférence sur l’utilisation des matériaux locaux dans l’architecture africaine, j’ai tout d’abord été surprise d’entendre les intervenants vanter l’utilisation de la terre. En effet, la terre crue est utilisée en Afrique depuis plus de 10 000 ans, et un tiers de la population mondiale vit dans des maisons en banco ! Les mosquées de Djenné au Mali et d’Agadez au Niger sont de beaux exemples de cette tradition. Intriguée, je ne voyais donc de prime abord rien là de nouveau…

Et pourtant, tout un courant d’architectes et d’entrepreneurs africains revendique une revalorisation du matériau terre pour de grands projets d’urbanisme. Ainsi, comme le confiait au magazine Jeune Afrique Romarick Atoke, fondateur de l’association AfrikArchi, « l’Afrique a besoin d’une identité architecturale forte » . Pour lui, « il n’ s’agit en aucun cas de copier les modèles d’urbanisme et d’architecture occidentaux ou orientaux », car « l’architecture doit avoir sa place dans le territoire dans lequel elle s’insère ». C’est aussi l’opinion que partage Kouadio Nda Nguessan, ancien directeur de l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU), fondée en 1975 à Lomé (Togo), et qui regroupe les moyens et les ressources de 14 pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, dont le Niger.

L’une des figures de proue de ce mouvement est sans aucun doute l’architecte burkinabé Diébédo Francis Kéré, formé à Berlin, en Allemagne. Parti de deux constats simples, à savoir que les constructions traditionnelles africaines en terre sont bien souvent précaires (vulnérables à la pluie par exemple) et peu adaptées aux projets de grande envergure, et ensuite que peu d’Africains ont accès aux technologies occidentales les plus modernes dans le domaine, D.F.Kéré concilie techniques traditionnelles et architecture contemporaine, car « valoriser les techniques de construction traditionnelles est le meilleur moyen d’allier tradition et modernité ». L’architecte s’appuie sur quatre éléments : l’usage de matériaux locaux rendus plus solides et plus durables grâce à un apport de technique (brique de terre compactée, argile transformée), des constructions permettant de réguler naturellement la température (un des atouts de la terre crue par exemple), le souci du développement durable, et la participation des populations locales au chantier. C’est en suivant cette méthode qu’il a pu réaliser des projets de grande envergure à base de matériaux locaux, comme l’école primaire de Gando, son village natal, ou le village-opéra de Laongo, près de Ouagadougou (projet en cours).

Les constructions en terre répondent en effet aux enjeux des pays sahéliens, confrontés à des conditions climatiques extrêmes (chaleur), à la rareté du bois et à un manque de moyens, mais qui disposent aussi de ressources propres : main d’oeuvre abondante, terre à disposition… L’ONG italienne CISP (Comité International pour le Développement des Peuples) a ainsi mis en œuvre un projet sur l’architecture en terre au Niger. Les deux lauréats du concours d’idées 2013 lancé par CISP pour créer un pavillon en terre au Musée National de Niamey, Abiola Yayi et Robert Soares, avaient proposé un projet de pavillon en terre crue, qui présente plusieurs avantages, dont une grande disponibilité du matériau et une bonne isolation thermique. Ainsi, « en s’adaptant aux quelques améliorations technologiques qu’offre notre ère », le matériau terre « peut retrouver sa place de choix dans le quotidien des populations », souligne Abiola Yayi dans le magazine d’AfrikArchi.

Ce qui est nouveau, c’est donc la formalisation de ces pratiques traditionnelles de construction et leur rencontre avec des méthodes plus modernes. Des entrepreneurs se sont déjà engouffrés dans la brèche du « fait maison » comme substitut au ciment, tel le béninois Victor Kidjo, directeur de la société Nature Brique, pour qui construire en terre peut permettre de limiter les importations, lutter contre la déforestation (en diminuant la demande en bois) et créer de l’emploi local. L’architecte nigérien Moussa Abou a d’ailleurs remporté le Prix de l’Association Européenne des Inventeurs 2013 à Genève pour son modèle de briques à base de matériaux locaux. L’architecture en terre a donc de beaux jours devant elle !

 Hélène

Pour aller plus loin :

 

Site de Diébédo Francis Kéré, architecte burkinabé

http://www.kerearchitecture.com

Magazine AfrikArchi consacré aux problématiques de l’architecture en Afrique (gratuit)

http://magazine.afrikarchi.com

Site de l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU)

http://www.eamau.org

Projet de l’association italienne CISP sur l’Architecture en Terre au Niger

http://terredafriqueetarchitecture.wordpress.com

Site de la société NatureBrique Bénin

http://www.naturebrique.net

Lien vidéo sur le modèle de brique développé par Moussa Abou (Niger)

https://www.youtube.com/watch?v=oPiMt8IHglU

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