Les Perspectives économiques du Niger et l’apport de la diaspora au développement économique du Niger

La Journée Culturelle du Niger, organisée conjointement par l’ANRF et le CONIF le 1er mai 2015, a été l’occasion pour les Zorros de Zongo d’organiser une conférence sur un thème qui nous tient à cœur, le rôle de la diaspora dans le développement économique du Niger.

La diaspora nigérienne représente un incroyable vivier de compétences. Dans quelle mesure peut-elle engendrer de nouvelles perspectives économiques au Niger et avoir un effet de levier sur la croissance ? Quelle est la part des ressortissants de la diaspora dans le développement de l’entrepreneuriat au Niger ? Quels sont les besoins en compétences actuels ? Où investir, et comment soutenir le développement de son pays quand on est issu de la diaspora ?

Autant de questions que nous avons eu l’honneur de débattre avec des intervenants passionnés et de qualité :

  • Istifanous Ado, Doctorant en Business International
  • Almoktar Allahoury, Directeur du CIPMEN
  • Mawli Dayak, Directeur de Temet Evènements
  • Djamila Ferdjani, Consultante internationale et entrepreneuse
  • Josef Garvi, Fondateur de Sahara Sahel Foods
  • Ousmane Danté, Conseiller auprès du Président de la République Nigérienne

I/ Entrepreneuriat informel au Niger

C’est Istifanous Ado, doctorant à l’université d’Orléans, et dont les travaux sont consacrés à l’entrepreneuriat informel au Niger, qui a ouvert la conférence. L’entrepreneuriat informel, concept reconnu depuis les années 1970 par l’Organisation Internationale du Travail, est un phénomène que l’on observe beaucoup au Niger comme dans de nombreux autres pays d’Afrique : face à un fort taux de chômage, notamment des jeunes, ceux-ci optent pour l’auto-emploi, généralement informel, pour la « débrouillardise ». Pour I. Ado, dont une partie des recherches porte sur le Sud du Niger, à la frontière avec le Nigéria, les retombées de ce commerce informel, qui flirte avec la légalité, sont juteuses, et « le commerce informel a fait de Maradi la capitale économique du Niger ». Deux personnages centraux lui ont permis d’illustrer son propos: le passeur et le cambiste.

  • Le passeur : c’est celui qui rend possible le commerce informel, sous-entendu illégal, et les relations de part et d’autre de la frontière. Dans la région du Sud Niger, un important commerce de tabac s’est développé avec le Nigéria, afin de contourner les mesures visant à empêcher l’importation de tabac par le gouvernement nigérian. Le succès du passeur repose sur un réseau de relations solides, et donc sur la complicité des agents de l’Etat (les douaniers par exemple).
  • Le cambiste : c’est la deuxième figure centrale du commerce informel entre le Niger et le Nigéria, celui qui vend et achète des devises (CFA contre Naira), créant ainsi un véritable circuit monétaire alternatif. C’est un acteur central, car il permet d’auto-financer le commerce informel sans avoir recours aux banques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, I. Ado a insisté sur le caractère non secret des activités de ces cambistes, qui auraient même leurs représentants à la chambre de commerce.

Informalité ne rime donc pas toujours avec clandestinité. Cette dimension sociale est même essentielle, et de véritables figures apparaissent dans le paysage local : les propos d’I.Ado rejoignaient ainsi ceux d’Ousmane Danté, Conseiller auprès du Président de la République Nigérienne, pour qui le secteur informel présente des déterminants aussi bien économiques que politiques.

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Faut-il alors à tout prix formaliser l’informel ? C’est la question qu’ I. Ado a posé de façon récurrente à l’audience. Le secteur mérite d’être dédiabolisé : les entrepreneurs informels n’ont certes pour la plupart pas de formation, mais leur énergie et leur place dans l’écosystème local méritent d’être reconnues. Leur activité n’est pas anarchique, et répond à un ensemble de codes et de règles bien établis. Membres à part entière de l’écosystème économique local, il est important d’officialiser leurs activités (lobby de représentants, syndicats), afin d’abord d’avoir des données fiables sur le secteur. Une reconnaissance permettrait aussi et surtout de leur apporter une formation et un encadrement, qui puisse faire en sorte que leur activité ait un effet de levier sur leur environnement immédiat (agrandissement et création d’emplois, par exemple).

II/Promotion de l’entrepreneuriat au Niger

Comment, alors, encourager l’entrepreneuriat, comment formaliser les initiatives qui existent ? Comment faire en sorte que les initiatives individuelles soient de véritables leviers de croissance pour le Niger ?

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Almoktar Allahoury, directeur de l’incubateur CIPMEN, a tenté de répondre à cette question en décrivant le fonctionnement du 1er incubateur du Niger. Fruit d’un partenariat public-privé entre les autorités publiques nigériennes d’un côté, et plusieurs grands groupes privés de l’autre, dont Orange RSE, Total, Veolia ou encore le CTIC à Dakar, le CIPMEN a vu le jour en avril 2014. Il focalise son activité sur 3 secteurs: énergies renouvelables, TIC et environnement, et offre aux porteurs de projet un accompagnement complet (business development, communication, marketing) en trois étapes, pré-incubation, incubation, appui-conseil.

Le rapport « Doing business » de la Banque Mondiale a classé le Niger parmi les onze pays du monde où il est difficile de faire des affaires, et pourtant, A. Allahoury a souligné les potentialités du pays qui ne demandent qu’à être transformées, à commercer par sa jeunesse et ses ressources naturelles. Pour lui, « l’entrepreneuriat est un des leviers pouvant actionner et valoriser ce potentiel ». Le concept même d’incubateur est nouveau au Niger, et encore difficile à expliquer. Le CIPMEN se livre donc à un véritable travail de pédagogie.

Quelle est la place de la diaspora dans ce contexte ? Face au déficit de compétences locales, les membres de la diaspora souhaitant rentrer présentent l’avantage d’avoir une formation et des compétences solides. A l’heure actuelle, 80% des incubés du CIPMEN ont effectué leurs études à l’étranger.

Mais comment inciter les jeunes qui ne sont pas issus de la diaspora à entreprendre ? Pour Kader Wright, intervenu depuis l’audience, il est essentiel de donner la priorité au système éducatif, en amont. Cette nécessité du soutien de l’Etat a été confirmée également par A. Allahoury, et des accords entre l’ANPE et le CIPMEN existent déjà.

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Afin de compléter l’intervention du directeur du CIPMEN avec un exemple concret, Josef Garvi, fondateur de Sahara Sahel Food, a expliqué le fonctionnement de son entreprise. Norvégo-suédois installé depuis toujours à Zinder, J. Garvi a fondé une entreprise dont le but est d’exploiter le anza, un arbuste sauvage qui pousse en milieu aride.

Le credo de J. Garvi est de combattre le fatalisme, autrement dit de ne pas s’attrister sur un environnement dit peu favorable et attendre une solution de l’extérieur. Pour lui, il faut utiliser les potentialités qui existent au Niger. Ainsi, le anza poussant en abondance au Niger et étant consommé de façon traditionnelle, l’entreprise Sahara Sahel Food le transforme en pâte, biscuits, etc. L’entreprise est sociale à différents titre : elle vise à réhabiliter une plante considérée comme la « plante de la misère », et engage dans son activité des petits producteurs et des femmes (qui en font la cueillette).

En conclusion de ces deux belles présentations, Hadiza Maiga, fondatrice de la société Hadyline Couture, a souligné l’importance d’avoir des modèles locaux de réussite afin d’inspirer les jeunes, comme peuvent l’être A. Allahoury ou D. Ferdjani aujourd’hui. La formation est importante, mais il est aussi essentiel d’avoir des personnes qui font confiance au projet et permettent de lui donner vie.

III/ Femmes et développement : culture du leadership féminin au Niger

Qu’en est-il plus spécifiquement des femmes au Niger ? Elles représentent 8,6 millions, pour une population de 17 millions au Niger, et plus de 70% d’entre elles sont analphabètes, comme l’a souligné Djamila Ferdjani.

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Les conditions de la femme au Niger se mesurent également par la proportion de jeunes filles mariées avant 15 ans : un tiers, mais également le taux de natalité : 7,4 enfants par femme, et le taux de mortalité maternelle : 1 femme nigérienne sur 23.

La femme nigérienne est peu représentée dans les instances politiques, dans les hautes fonctions de l’administration publique ou à des postes de dirigeants de grandes sociétés. Malgré des lois mises en place afin d’instituer des quotas pour les femmes dans l’administration, D. Ferdjani a souligné l’important chemin à parcourir encore aujourd’hui. Par ailleurs, elle met en avant le fait “qu’avant d’accéder à ces fonctions, il faut encore que la femme ait bénéficié d’une scolarisation”.

Occuper un poste de responsabilité, participer à des activités associatives, mener des activités culturelles ou encore utiliser les réseaux sociaux pour partager et sensibiliser, sont autant de manières différentes qu’une femme peut utiliser aujourd’hui pour influencer la société nigérienne. Ce sont néanmoins des actions qui ne sont pas sans freins pour les femmes, et il est important que celles-ci puissent s’imposer malgré les préjugés et les codes de la société.

D. Ferdjani a non seulement souligné l’importance de l’instruction des femmes mais également l’importance de reconnaître leurs droits et leur donner toutes les possibilités de les exercer. Elle a conclu son intervention par une citation de De Vigny, : “Après avoir étudié la condition des femmes dans tous les temps et dans tous les pays, je suis arrivé à la conclusion qu’au lieu de leur dire bonjour, on devrait leur demander pardon tous les jours”.

IV/ La culture, vecteur de développement économique : diaspora entre héritage et promotion de la culture nigérienne
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Mawli Dayak a grandi au Niger jusque ses 15 ans, puis est rentré à Paris, où il a fondé la société Temet Evènements en 2012. Temet Evènement, héritier de l’agence Temet Voyage, axée sur le tourisme, a pour but de promouvoir la culture nigérienne, et notamment touareg, à travers des évènements comme par exemple « Agadez, Capitale de la Paix ». Temet Evènement est un bel exemple du développement d’une entreprise dans un contexte politique et social peu favorable : question de l’intégration des populations nomades, fort taux de chômage local, présence d’activités terroristes au nord du Niger et possible implication de jeunes Nigériens dans ces groupes…. Parti du constat que l’artisanat représente 25% du PIB au Niger et 600 000 emplois à l’heure actuelle, Temet Evènement fait la promotion de l’artisanat et des savoirs traditionnels comme une alternative à l’instabilité sociale et politique et une façon de redynamiser l’activité locale. Face à un contexte peu favorable, Mawli Dayak utilise et promeut les ressources locales et les forces du terrain. Pour lui, c’est au quotidien que la citation de Boubou Hama prend tout son sens: « Le plus grand bien que l’Afrique peut apporter à notre commune humanité dans l’angoisse est son grand retard, celui-là même qui manque à l’Occident industriel pour devenir humain ».

Hélène

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