La lettre d’ESAFRO

Nous avons reçu il y a quelques temps , une lettre d’Anne Vilaseca, membre de l’association ESAFRO visant à favoriser l’accès à l’éducation et à la santé et ainsi à améliorer les conditions de vie des populations défavorisées des pays en voie de développement. Leur action les a conduit à travailler dans la région de Zinder  où ils ont ouvert un internat ,en partenariat avec l’association Matassa, pour permettre à des jeunes nigériens de villages isolés de pouvoir aller à l’école. Elle a souhaité nous interpellé sur certaines réalités  et souligné l’importance de l’accès à l’éducation pour tous.
C’est avec plaisir que nous partageons cette lettre qui montre les synergies possibles entre nos deux activités pourtant éloignées.
 LOGO_ESAFRO
N’hésitez pas à découvrir plus en détails ESAFRO en suivant ce lien : http://esafro.org/our-mission/ .

Chers Zorros de Zongo
Je ne vous connais pas, mais je sais que vous êtes jeunes, diplômés et appartenez à la diaspora  africaine . Je vois que vous êtes plein d’énergie. Vous voulez développer l’esprit d’entreprise chez vos frères. Vous vous adressez à des jeunes étudiants ou jeunes diplômés restés au pays . A des personnes qui ont accès aux TIC.
Je suis ( un peu ) vieille,  diplômée et européenne. Je travaille dans le développement au Niger depuis 2006.
Tout nous sépare, l’âge, la culture, le lignage.. et notre cible . 
Et pourtant ! Nous aussi nous voulons  que les jeunes restés au pays se prennent en main eux mêmes. Sans pour autant minimiser les difficultés que cela comporte !
Nous travaillons, vous et nous, aux deux extrémités de la chaîne. Les jeunes des milieux défavorisés que nous soutenons au Niger bénéficient d’une éducation qui est basée sur la mémoire et qui ne développe pas la compréhension. Ils n’ont pas accès aux nouvelles technologies. Comment pourront ils se prendre en main s’ils ne comprennent rien de ce qu’ils ont appris ?
Je vous donne des exemples qui ne cessent de m’attrister quand j’y pense… 
Nous demandons à une future infirmière combien de grammes dans un kilo ? « 1000 ». 
Super, et on enchaîne avec la question suivante : 
Et que font 1000 kilos ? « 0.1 gramme ».
Quel dosage médicamenteux mettra-t-elle dans les perfusions ????
Nous demandons à une autre étudiante en santé vivant à Niamey  le nom du fleuve qui coule au Niger  : elle ne sait pas. Mais elle enchaîne immédiatement en disant qu’une jeune fille bien ne doit pas s’en approcher (Niamey 04 2015). Fin de la discussion. 
On demande à une élève de troisième la longueur du fleuve Niger : « trois kilomètres Tantie ». Cette même élève place allègrement le Sahel en Amérique, Elle regarde pourtant souvent TV SAHEL.
Alors je vous pose une question : essaierez- vous un jour de toucher cette cible là qui représente la grande  majorité ? Comment pouvez vous demander à des individus de créer alors qu’ils n’apprennent qu’à reproduire ??
Le dialogue entre nous est grand ouvert.
Cela ne sert pas à grand chose de payer des bourses à des enfants pour qu’ils suivent une scolarité de la mémoire dans une langue qu’ils ne comprennent pas. Jamais ces enfants ne pourront profiter de vos offres..
Alors ??
On fait quoi ?
Amitiés Anne
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2 commentaires sur “La lettre d’ESAFRO

  1. Bravo ..! très bonne analyse.
    Elle a parfaitement raison on nous apprend à reproduire. Notre esprit d’analyse et d’imagination est bloqué dès le bas âge. Car tout est tabou, un enfant n’a pas le droit de s’exprimer et de poser des questions sinon il est impoli. On lui empêche de faire des choses sans s’explication comme l’illustre l’exemple ci-dessus « une fille bien ne doit pas s’en rapprocher » pourquoi??? ou quand on te dit il ne faut pas crier la nuit sinon les génies vont partir avec ta voix ! au lieu de dire tout simplement il ne faut pas crier la nuit car les voisins dorment pour pas déranger. Et ce qui est dommage même à l’école certains professeurs gardent cette mentalité 1+1=2 pourquoi ? parce que c’est comme ça apprend par cœur c’est tout.
    Suite à cette analyse à votre avis ou se situe le problème et comment agir ? 1- Le programme scolaire n’est pas adapté? 2- Les professeurs ne sont pas formés? 3- Les élèves ne font pas d’effort ? 4- La culture nigérienne est-elle un frein au développement ? … bon je m’arrête là!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Kader pour ton retour.
      Pour ma part je vais prendre le choix facile de dire que c’est un peu la faute à tous ces facteurs. Le programme scolaire est désuet: il n’est plus en accord avec l’évolution des sociétés actuelles. Une réforme est plus que nécessaire et introduire des matières reflétant la réalité comme un focus sur les TICs ou l’entrepreneuriat. ( ce que nous pronons au sein du Collectif). Du fait d’un programme désuet, les formations des enseignants sont aussi affectés, on reste dans des classiques et on en sort pas. Les classes surchargées sont aussi un facteur: comment donner un enseignement de qualité à 70 élèves dans une école. Les bases de l’éducation nécessitent des relations de proximité entre l’élève et son professeur, ce qui n’est pas possible.
      Il y a surement un manque d’interet des élèves : des programmes peu adaptés, des générations qui évoluent qui sont maintenant connectées et p-e à la recherche de plus d’autonomie…
      Les cultures nigériennes sont de belles cultures , les peuples essaient de préserver les traditions au max sans pour autant comprendre la morale qui se cache derrière. On vit la culture mais on ne vit pas avec …
      Au sein du Collectif ZZ, nous sommes complètement en phase avec le discours d’Anne, mm si nos actions ne touchent pas les mm couches. Nous misons sur l’entrepreneuriat comme moyen de dev professionnel et personnel. Les élèves doivent pouvoir avoir la possibilité d’apprendre eux-mm et de s’ouvrir au monde par le biais d’internet, de développer leur curiosité et leur culture générale. On sait qu’au final c’est sur le tas qu’on apprend le plus et les TICs ont permis d’accélérer ce processus.
      Nous publierons dans un prochain article la réponse que nous avons apportée à ESAFRO.
      Chaque petit effort sur un bout de la chaine permettra de changer tout ça, développer des synergies initiera des changements. Mais il est vrai que pour une réforme scolaire, cela est plus du ressort de l’état. Des réformes sont en route dans la sous-région comme en CIV où l’école est devenue obligatoire de 6 à 16 ans, espérons que cela se diffuse dans les autres pays.

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