Ushahidi : l’application kényane qui s’invite dans le monde entier

Les contextes de violence sont très souvent constatés dans de nombreux pays africains : que ce soit des violences faites aux femmes, des violences sur fond de crise électorale ou encore des conflits ethniques ou religieux.

Fin 2007, le Kenya est frappé par des troubles post-electoraux aux allures de guerre civile et/ou de quasi conflit ethnique. L’information devient alors plus que cruciale pour les kényans qui peinent de plus en plus à savoir ce qui se passe dans leur pays, par manque de couverture médiatique. Ory Okolloh, avocate et activiste kényane, appréhende beaucoup que les troubles ne dégénèrent au Kenya. Elle comprend le besoin de partager les informations sur les lieux sensibles soumis à des pillages, à des violences ou autres exactions commises pendant cette crise post-électorale. C’est à partir de ce constat que Ushahidi est né.

Afficher l'image d'origine

Ushahidi vient du swahili et signifie “témoignage”. C’est une plateforme qui permet de faire une cartographie sociale à partir d’informations fournies par les populations locales. On parle d’information participative reposant sur le principe du crowdsourcing, c’est-à-dire une utilisation de la connaissance et de la créativité des utilisateurs, afin de mettre à jour du contenu  de qualité rapidement pour une communauté donné . En résumé, par le biais d’un SMS ou d’un e-mail, un citoyen est capable de signaler un lieu dangereux, qui sera visible sur une carte disponible sur la plateforme en ligne.

Si Ushahidi avait été initialement développée pour la crise kényane de 2008, de nombreuses applications ont pu être mises en place comme, par exemple, lors du séisme en 2010 en Haiti où la plateforme a été utilisée par les Nations-Unies afin de pouvoir coordonner l’aide humanitaire. La plateforme a également été utilisée en Inde pour dénoncer les violences sexuelles faites aux femmes ou encore en Libye lors de l’intervention humanitaire de 2011. On peut également citer des utilisations en Chine et en Russie lors de phénomènes climatiques extrêmes ou récemment en Suède pour lutter contre l’homophobie.

Depuis sa création, de nombreuses améliorations ont été apportées à l’outil avec un seul objectif : pouvoir rendre la plateforme le plus accessible possible. Le temps d’installation a été fortement réduit, et elle nécessite ni frais d’hébergement, ni technicien pour l’installer. Sa technologie est basée sur de l’open source (le code source  de la plateforme est ouvert au grand public et les contributions d’amélioration résultent d’une collaboration d’une communauté de développeurs) et permet de vérifier et filtrer des informations venant de différents canaux de communication.

Aujourd’hui, on estime que près de 60 000 projets dans le monde utilisent le site. Il s’agit principalement de projets suivis par des organismes internationaux de secours, des institutions comme l’ONU ou des organes de presse entre autres.

Le financement d’Ushahidi est essentiellement basé sur des apports en provenance de fondations et, comme le précise sa fondatrice, il faudra du temps à Ushahidi pour devenir autonome financièrement : “Tout le monde croit que nous avons de l’argent, mais ce n’est pas le cas, s’amuse Ory Okolloh. Notre financement provient encore essentiellement de fondations et il faudra des années avant que nous puissions nous en passer, mais l’objectif pour nous est de nous inscrire dans la durée.”

Même si la plateforme rencontre un véritable succès à travers le monde, certaines limites ont été soulevées comme notamment l’impact dans le temps de ces projets. Utiliser Ushahidi de manière ponctuelle, dans un contexte particulier est utile sur le moment mais quid de l’après, de l’amélioration continue notamment pour nos pays africains ? L’application est utilisée de manière limitée dans le temps et n’offre pas de perspectives durables à long terme impactant la vie sociétale. Des réflexions sont en cours afin d’ouvrir les champs des possibles et de développer de véritables initiatives pérennes et citoyennes.

Au Niger, la plateforme a été mise en place par le Code Rural du Niger pour le suivi des conflits fonciers et est alimentée par les structures du Code Rural, les associations des producteurs, ainsi que les partenaires techniques et financiers.

Ushahidi pourrait être utilisée à l’instar du Nigéria voisin lors des prochaines élections par les observateurs internationaux. Elle pourrait également être utilisée dans la gestion des tensions sociales liées aux événements politiques.Par exemple, lors de l’arrestation du leader politique qui a créé des soulèvements sociaux dans l’agglomération de Niamey. Ou avoir une application directe dans l’éducation afin d’identifier les établissements scolaires nécessitant des investissements en termes d’infrastructures ou de matériels scolaires.

Hariettou

Pour aller plus loin :

http://www.courrierinternational.com/article/2010/08/26/ushahidi-met-les-citoyens-au-coeur-de-l-info

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/10/ushahidi-une-technologie-africaine-qui-a-conquis-la-planete_4806913_3212.html

https://www.ushahidi.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s