L’éducation entrepreneuriale au Niger: qu’en est-il?

On observe de plus en plus un engouement significatif pour l’entrepreneuriat à travers le monde, et particulièrement sur le continent africain. En effet, il s’agit d’une nouvelle façon de voir les choses, très salutaire, et surtout à encourager ! Ne plus attendre après on ne sait quoi ou après qui, mais plutôt entreprendre, voir s’entreprendre : voilà une vision intéressante.

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Les chiffres parlent d’eux même : 35% des chômeurs africains envisagent de créer leurs propres entreprises. Avec un taux de croissance démographique de 3,3% par an, le Niger compte environ 52% de jeunes de moins de 15 ans et plus du tiers dans la tranche d’âge de 15 à 35 ans. Indéniablement, l’entrepreneuriat représente un début de solution pour amorcer un développement durable et combattre la pauvreté et le chômage. Ces statistiques sont d’autant plus intéressantes quand on sait qu’en Afrique 60% des chômeurs ont moins de 25 ans.

Cependant, il serait déraisonnable de croire en une solution miracle. Comme le soulignait Georges Vivien Houngbonon, Doctorant en Economie, dans son article paru récemment et que je trouvais fort intéressant, « La perception générale que l’on a de l’entrepreneuriat est largement biaisée par le fait que seules les ‘‘success stories’’ sont présentées au grand public, occultant ainsi le plus grand nombre dont font partie les perdants, exactement comme dans le cas d’une loterie. ». L’entrepreneuriat dans ce cas est certes une formidable piste à exploiter, mais encore faut-il que les ingrédients essentiels soient réunis. Comme pour le niébé  des  ‘‘fadas’’, il est nécessaire d’avoir la combinaison de plusieurs facteurs pour le réussir. Certains compatriotes ou amis du Niger suivront mon regard.

Néanmoins, les opportunités entrepreneuriales de l’Afrique sont de plus en plus intéressantes, et cela au fur et à mesure que sa population augmente. Au lieu d’être un handicap, cette augmentation démographique, surtout des jeunes, peut constituer un incroyable vivier de talents et de créativité. Investir dans cette jeunesse sera probablement le projet de société le plus rentable de nos jours. Qui plus est, ces jeunes représentent plus de la moitié des populations. De quoi souscrire aux paroles du Général Seyni Kountché, ancien Président du Niger, qui disait que « Le Niger sera demain, ce qu’est sa jeunesse aujourd’hui »

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Nous allons toutefois, dans cet article, nous pencher uniquement sur les structures d’accompagnement montées par les jeunes. Le CIPMEN par exemple, premier incubateur du genre, représente à la fois la volonté des partenaires publics et privés de se doter d’un centre capable d’héberger des startups (pour plus d’informations sur le CIPMEN, nous vous invitons à consulter notre article consacré à l’incubateur).

Dans le même ordre d’idée, la formule « Lean startup Samaria » proposée par le Cabinet KMC représente une innovation en matière d’accompagnement à la création d’entreprises. En effet, Lean Startup Samaria (LSS) est un projet qui vise à rassembler les jeunes du Niger à travers la fibre lean startup et le leadership. Il permet également de développer chez ces jeunes un esprit d’entreprise en étant guidés par des professionnels dotés de compétences diversifiées. L’initiative est soutenue par deux jeunes dynamiques (l’un est un CPA, l’autre un expert en informatique) unis par leur passion d’apporter leur contribution au développement du Niger. Pour rappel, il s’agit d’une approche spécifique de lancement de produit ou de démarrage d’entreprise consistant à re-valider à chaque étape de création, l’intérêt et la demande du consommateur final afin d’éviter les pertes financières liées à un lancement hasardeux. La particularité de ce nouveau concept est qu’il permet à des jeunes ambitieux de se rencontrer dans un cadre constructif et instructif.

Kader Kaneye, Directeur associé chez KMC, nous explique: “Nous avons mis en place trois piliers principaux: Formations en Lean Startup, formation en  leadership et programme de mentorat associant des capitaines d’industrie et les jeunes entrepreneurs qui réussissent déjà un financement initial. L’ensemble du projet est basé sur une approche lean startup. Nous utilisons les locaux de notre cabinet de conseil pour les formations et tout a été autofinancé jusqu’ici. Une façon d’inspirer les jeunes sur le fait que certaines choses sont désormais possibles.”

En termes de réseautage événementiel, nous avons le salon du jeune Entrepreneur pour l’emploi (SAJE) organisé depuis maintenant plusieurs années par l’organisation pour un développement durable au Niger (ODDN) qui est une formidable occasion pour réunir les officiels, les jeunes entrepreneurs et les chercheurs d’emploi autour d’une même vision et lors d’un seul évènement. La prochaine édition est prévue en avril 2016 à Niamey.

Notons également que l’initiative Give1project Niger représente une véritable vitrine dont le rôle est d’incuber les entreprises et les jeunes entrepreneurs qui travaillent dans différents secteurs tels que l’agriculture, l’informatique, la santé ou la mode. Le Niger avait d’ailleurs décroché le 1er prix du meilleur réseau parmi 30 pays présents lors du sommet international de Give1project tenu à Washington du 14 au 20 septembre 2015.

Pour conclure, le projet FIDENI représente quant à lui la volonté de quelques jeunes de la diaspora nigérienne de se doter d’un outil  pouvant faciliter le financement de startup. Ils sont partis du constat que l’Afrique enregistrait ces dernières années des taux de croissance significatifs et que le continent devenait de plus en plus attractif pour les investisseurs grâce à ses ressources et son capital humain. Et pourtant… Malgré le potentiel que dégagent les membres de la diaspora, leurs actions souvent isolées n’ont pas toujours d’impact significatif sur le développement économique du continent. C’est pourquoi cette initiative se propose de canaliser une partie des efforts de la diaspora en servant de plateforme d’investissement.

Dans l’ensemble, ces exemples témoignent de la belle dynamique entrepreneuriale qui se développe au Niger et qu’il faut absolument maintenir. Le Collectif ZZ à travers ses actions vise à développer davantage ce potentiel et espère en inspirer plus d’un. Le vaste projet AlumNi qui se veut fédérateur tout en soutenant des initiatives entrepreneuriales, ainsi que les récents succès des “Fadas AlumNi” synchronisées en sont la preuve: l’intérêt de la jeunesse pour le développement est bel et bien présent.

Cependant pour aller plus loin et pour que cette dynamique soit plus durable, il faudrait d’avantage une implication des autorités en amont. Les structures gouvernementales citées plus haut sont déjà très salutaires, mais n’ont d’intérêt que pour les personnes ayant déjà l’idée et l’envie d’entreprendre. L’implication dont il est question ici doit se faire au niveau éducatif plus précisément. C’est-à-dire qu’il faudrait inclure l’enseignement des valeurs entrepreneuriales le plus tôt possible. La piste qui nous paraît intéressante à exploiter est celle de l’intégration de l’entrepreneuriat éducatif dans les programmes scolaires. Enseigner des valeurs telles que l’autonomie, la persévérance, la créativité ou encore le travail d’équipe à travers des mises en situation concrètes adaptées aux réalités nigériennes. Cela pourrait se traduire par exemple par la création d’un spectacle de fin d’année ou encore un projet de cueillette et de revente de fruits saisonniers réalisé en classe. Évidemment, il ne s’agit que de propositions, mais à travers cette démarche on placerait directement l’élève au cœur de l’action et peut être que l’apprentissage sera renforcé. Cela aura le mérite aussi de rejoindre une philosophie ayant fait ses preuves et  à laquelle nous croyons fortement : celle du “ Dis-moi et j’oublierai. Montre-moi et je me souviendrai. Implique-moi et je comprendrai ” de Confucius.

Ibrahim Larré

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2 commentaires sur “L’éducation entrepreneuriale au Niger: qu’en est-il?

  1. Bonsoir, je tiens juste à apporter un petit correctif, le taux de croissance démographique au Niger n’est plus de 3,3% par an (ceci date du RGP/H de 2001) mais de 3,9% par an (source INS, RGP/H 2012). Merci.

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  2. Nous sommes trés determinés au Niger pour creer des entreprises mais nous n’avons pas de subvention financieres et logistiques pour accroitre nos produits,au Niger c’est un parcours de combattants pour realiser son idée d’entreprise quel que soit votre bonne determination et votre courage ya aucune porte d’entrée pour la majorité des jeunes entrepreneurs que nous sommes.

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